Sur un toit, tandis que le jour se consume, une peintre n'a plus qu'une toile. Elle ne fait pas d'esquisse. Elle laisse courir le pinceau en longs traits ininterrompus de rose et d'or, jusqu'à ce qu'une silhouette s'élève de la couleur, debout dans une lumière qui n'appartient à aucune heure qu'elle saurait nommer.
Elle lève la toile contre le ciel pour la voir vraiment. Sur les bords, le rose a déjà séché en mauve et en cendre, comme une rougeur qui s'efface dès qu'on la remarque. Le visage au centre est celui d'un inconnu. Elle le peint pourtant, avec le soin de quelqu'un qui a attendu toute sa vie de le rencontrer.